Chantal Yelu Mulop : « La santé mentale des jeunes est un investissement stratégique pour la paix »

Chantal Yelu Mulop lors de la rencontre consacrée à la jeunesse au siège des Nations Unies à New York. La coordonnatrice du Service spécialisé du Chef de l’État a présenté l’approche de la RDC faisant du sport un levier de santé mentale, de cohésion sociale et de consolidation de la paix.

 

À New York, lors d’une rencontre consacrée à la jeunesse organisée au siège des Nations Unies le 17 juillet 2026, Chantal Yelu Mulop, coordonnatrice du Service spécialisé du Chef de l’État en charge de la Jeunesse, de la lutte contre les violences faites aux femmes et de la traite des personnes, a porté la vision de la République Démocratique du Congo autour d’un enjeu majeur : faire du sport un véritable outil de santé mentale, de résilience collective et de consolidation de la paix.

 

Dans cet entretien accordé à MM2, elle revient sur les ambitions de Kinshasa pour placer la jeunesse au cœur de la sécurité humaine et du développement durable.

MM2 : Vous avez défendu aux Nations unies une approche qui associe sport, santé mentale et paix. Pourquoi ce choix ?

Chantal Yelu Mulop ( CYM ) : Ce choix procède d’une évidence que la République Démocratique du Congo inscrit désormais au cœur de son action internationale : aucune économie durable ne peut se construire sur une jeunesse fragilisée dans son intégrité psychologique par les conflits. Sous la vision de Son Excellence Monsieur le Président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, nous avons redéfini la notion même d’infrastructure. Le capital humain constitue la première des infrastructures nationales. À ce titre, le sport devient un instrument de sécurité humaine, capable de restaurer la dignité, la discipline et la cohésion sociale là où la violence a tenté de désorganiser le tissu national.

MM2 : Vous établissez un lien direct entre santé mentale et sécurité nationale. N’est-ce pas une conception encore peu partagée ?

CYM : La République Démocratique du Congo contribue aujourd’hui à faire progresser cette approche dans les discussions internationales. Lors de mes échanges avec Felipe Paullier, Sous-Secrétaire général des Nations unies chargé de la jeunesse, j’ai souligné que la résilience psychologique de la jeunesse constitue un pilier essentiel de la souveraineté humaine. Une jeunesse accompagnée, structurée et apaisée devient moins vulnérable aux réseaux criminels, aux groupes armés et aux dynamiques de recrutement forcé. La paix durable repose aussi sur la capacité à prévenir et à surmonter les traumatismes. Notre ambition est de renforcer les capacités humaines afin de prévenir les crises plutôt que de simplement les gérer.

MM2 : Dans un pays confronté à des défis sécuritaires majeurs, notamment dans l’Est, certains diront que le sport n’est pas la priorité. Que leur répondez-vous ?

CYM : Opposer ces priorités constitue une erreur stratégique. L’expérience montre que la sécurité militaire ne peut produire des effets durables sans sécurité humaine. Aujourd’hui, seule une part très limitée de l’aide humanitaire mondiale est consacrée à la santé mentale, alors même que celle-ci est essentielle à la reconstruction des sociétés affectées par les conflits. Investir dans le sport en contexte de crise, c’est agir sur les causes profondes de la violence, renforcer la résilience des communautés et contribuer également à la prévention de la traite des personnes ainsi qu’à la lutte contre les économies de guerre.

MM2 : Comment cette vision se traduit-elle concrètement en République Démocratique du Congo ?

CYM : Elle se traduit par une stratégie nationale portée sous l’impulsion de Son Excellence Monsieur le Président de la République. Cette vision s’appuie notamment sur le Think Tank Minzoto, qui mobilise l’intelligence collective de la jeunesse congolaise et de la diaspora, ainsi que sur le programme Debout Jeunes Congolais, soutenu par une importante mobilisation financière annoncée par le Gouvernement. Ma mission consiste à assurer la cohérence stratégique entre ces différentes initiatives afin que chaque jeune Congolais puisse devenir un acteur du développement et du renforcement de notre souveraineté nationale.

MM2 : Au-delà des ambitions affichées, comment mesurer l’impact réel de ces programmes ?

CYM : L’impact est une exigence de bonne gouvernance. Une politique publique ne peut être évaluée uniquement à travers ses intentions ; elle doit produire des résultats concrets. Nous développons une culture de suivi et d’évaluation fondée sur des indicateurs de performance permettant notamment de mesurer la réduction de la précarité, la réinsertion socio-économique des jeunes et le développement de l’entrepreneuriat. L’efficacité et la redevabilité demeurent au cœur de notre action.

MM2 : Les échanges à New York ont-ils ouvert de nouvelles perspectives pour la RDC ?

CYM : Absolument. Les échanges tenus à New York ont renforcé le positionnement de la République Démocratique du Congo comme un acteur engagé dans la promotion de l’agenda Jeunesse, Paix et Sécurité. Ils ont confirmé l’intérêt des Nations unies pour les initiatives développées par notre pays et ouvert de nouvelles perspectives de coopération. La RDC entend partager son expérience, apprendre de celle des autres États et contribuer activement à la construction de solutions innovantes fondées sur la résilience, la souveraineté humaine et le partenariat international.

Propos recueillis par Glodie Mungaba, journaliste à MM2.

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