Joseph Kabila relance le débat politique, Muyaya, Fwamba et Bemba contre-attaquent

Joseph Kabila, ancien président de la République Démocratique du Congo, à gauche, et Félix Tshisekedi, président de la RDC, à droite.

 

L’adresse à la nation de l’ancien président de la République Démocratique du Congo (RDC), Joseph Kabila Kabange, continue de susciter de vives réactions au sein de la classe politique congolaise. Après les réponses du porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, et du ministre des Finances, Doudou Fwamba Likunde Li-Botayi, Jean-Pierre Bemba est également monté au créneau, contestant sévèrement les propos de l’ancien chef de l’État.

Dans son discours du vendredi 9 octobre, intitulé « Le pays est en péril : ne pas agir, c’est être complice », Joseph Kabila a dressé un tableau préoccupant de la situation politique, économique et sécuritaire du pays. Il a notamment critiqué la gouvernance de Félix Tshisekedi, l’évolution de la dette publique et certains engagements conclus avec les États-Unis.

L’ancien président a également réitéré son opposition à toute modification de la Constitution et plaidé pour une approche politique inclusive. Il a reproché aux autorités de ne pas avoir donné suite aux propositions contenues dans son « pacte citoyen » en douze points, présenté en mai 2025.

Patrick Muyaya dénonce un « homme du passé »

La réaction du gouvernement n’a pas tardé. Le ministre de la Communication et Médias, Patrick Muyaya, a vivement critiqué l’ancien président dans une publication sur le réseau social X, le présentant comme un « homme du passé » et l’accusant de ne rien avoir d’autre à offrir au pays que le chaos.

Le porte-parole du gouvernement a également mis en cause les positions politiques de Joseph Kabila dans le contexte de la crise sécuritaire dans l’Est du pays. Il a, par ailleurs, réaffirmé son soutien au processus de dialogue défendu par le président Félix Tshisekedi, présenté par les autorités comme une voie vers le rétablissement de la paix et la préservation de l’intégrité territoriale de la RDC.

Doudou Fwamba défend la politique d’endettement

Le ministre des Finances, Doudou Fwamba Likunde Li-Botayi, a, de son côté, contesté les critiques de Joseph Kabila sur l’évolution de la dette publique. L’ancien président a dénoncé un encours supérieur à 18 milliards de dollars américains, qu’il considère comme un indicateur de la dégradation des finances publiques.

Selon les données communiquées par la Direction générale de la dette publique (DGDP), l’encours de la dette congolaise s’élevait à 18,552 milliards de dollars en septembre 2026, comprenant environ 11,464 milliards de dette extérieure et 7,088 milliards de dette intérieure.

Doudou Fwamba estime que cet endettement doit être apprécié au regard du produit intérieur brut (PIB) et de sa contribution au financement des infrastructures et des priorités gouvernementales. Il soutient que la dette demeure inférieure à 20 % du PIB et défend la soutenabilité de la politique d’endettement menée par les autorités.

Le débat porte ainsi autant sur le montant de la dette que sur son utilisation, ses conditions de remboursement et sa contribution effective au développement du pays.

Jean-Pierre Bemba s’en prend à l’ancien président

Autre réaction notable, celle de Jean-Pierre Bemba, président national du Mouvement de libération du Congo (MLC) et membre de l’Union sacrée de la nation. Dans une déclaration rendue publique après l’adresse de Joseph Kabila, il a vivement contesté la légitimité de l’ancien président à critiquer la gestion actuelle du pays.

Jean-Pierre Bemba a notamment remis en cause le bilan des dix-huit années de pouvoir de Joseph Kabila, l’accusant d’avoir laissé derrière lui des violences, des massacres, le pillage des ressources nationales et l’impunité. Il a également contesté ses positions dans le contexte des tensions sécuritaires et des relations entre Kinshasa et Kigali.

Cette réponse, au ton particulièrement offensif, ajoute une nouvelle dimension à la confrontation politique entre l’ancien chef de l’État et plusieurs figures de la majorité présidentielle.

Washington et la Constitution au cœur des divergences

Joseph Kabila a également remis en question certains aspects du partenariat stratégique entre Kinshasa et Washington, notamment en ce qui concerne les minerais critiques. Il a rappelé que les engagements internationaux sont conclus entre États et que leur continuité dépasse la durée des mandats des dirigeants.

Sur le plan institutionnel, son opposition à une éventuelle modification de la Constitution intervient alors que la question de la révision du cadre constitutionnel alimente les discussions politiques, notamment autour de l’examen parlementaire d’une proposition de loi relative au référendum.

Ces divergences mettent en lumière des désaccords sur la gouvernance, la souveraineté économique, la gestion des ressources naturelles et les voies de sortie de la crise sécuritaire dans l’Est de la RDC.

Une nouvelle séquence politique en perspective

Joseph Kabila a annoncé son intention de présenter prochainement sa vision des actions à entreprendre pour sortir le pays de la crise, sans en détailler encore le contenu.

Entre les critiques de l’ancien président et les réponses de plusieurs responsables de la majorité, le débat politique congolais s’intensifie. L’évolution de cette confrontation dépendra notamment des prochaines initiatives annoncées par Joseph Kabila et de la capacité des différents acteurs à préciser leurs propositions sur la paix, la gouvernance et l’avenir institutionnel du pays.

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