Dominique Tchimbakala : le combat contre le « virus invisible »

Dans Le virus invisible – Essai sur la désinformation en Afrique, la journaliste Dominique Tchimbakala décrypte la propagation des fausses informations et leurs effets sur les sociétés africaines. Face aux réseaux sociaux et à l’intelligence artificielle, elle appelle à renforcer l’esprit critique et à restaurer la confiance dans les médias.

La désinformation s’infiltre partout : dans les conversations familiales, les fils d’actualité, les débats publics et, désormais, dans les contenus générés par l’intelligence artificielle. Après plus de vingt-cinq ans consacrés au journalisme, notamment au sein du Journal Afrique de TV5MONDE, Dominique Tchimbakala a choisi de s’attaquer à ce phénomène dans son nouveau livre, publié aux éditions Riveneuve. En 190 pages, la journaliste décrypte les mécanismes d’une désinformation devenue omniprésente, qu’elle compare à un « virus invisible ».

Dans Le virus invisible – Essai sur la désinformation en Afrique, la journaliste franco-congolaise revient sur les mécanismes qui permettent aux fausses informations de circuler à grande vitesse et d’influencer les perceptions. Son constat est né de scènes ordinaires : des discussions avec des proches, des réactions observées sur les réseaux sociaux et, surtout, son expérience professionnelle au contact de l’actualité internationale.

Pour elle, le danger ne se limite pas à une information fausse. Lorsque la manipulation devient massive, elle peut fragiliser le lien social, nourrir la défiance et porter atteinte à la liberté de jugement.

Les médias aussi face à leurs responsabilités

Dans cette bataille, les journalistes ne sont pas uniquement des victimes. Ils doivent également regarder leurs propres pratiques. La frontière entre information et communication s’est parfois brouillée. Certains professionnels de la presse se sont transformés en communicants, alimentant une défiance croissante du public.

Pour Dominique Tchimbakala, la reconquête de cette confiance passe d’abord par une remise en question de la profession. Mais elle nécessite aussi davantage de pédagogie.

Les médias doivent expliquer leurs méthodes, leurs règles et leurs choix éditoriaux. Autrement dit, ne plus considérer le public comme un simple destinataire de l’information, mais comme un partenaire avec lequel se construit une relation de confiance.

Sortir du travail en « silo »

Cette réflexion touche également au modèle économique de la presse africaine. Au Congo comme dans d’autres pays du continent, les médias évoluent dans un environnement fragile, avec des ressources limitées et une forte dépendance à différents acteurs.

Face à ces difficultés, Dominique Tchimbakala appelle les journalistes africains à davantage travailler ensemble. Les problèmes rencontrés par un professionnel congolais peuvent être proches de ceux d’un confrère camerounais, gabonais, ivoirien ou sénégalais.

Elle plaide ainsi pour la création d’espaces de réflexion communs, voire d’« assises du journalisme », capables de faire émerger des réponses adaptées aux réalités du continent.

Reprendre le contrôle face aux algorithmes

L’autre front se situe dans les technologies. Les réseaux sociaux ont profondément transformé notre rapport à l’information, tandis que l’intelligence artificielle ouvre une nouvelle étape dans la fabrication et la diffusion de contenus trompeurs. Mais disposer de plateformes africaines ne suffirait pas nécessairement à résoudre le problème. Le véritable enjeu réside dans la compréhension des mécanismes qui déterminent ce que les utilisateurs voient, partagent et commentent.

Les algorithmes privilégient souvent les contenus capables de provoquer une réaction forte : rire, peur, colère ou indignation. La viralité peut alors prendre le pas sur la vérification. Pour Dominique Tchimbakala, la réponse passe donc aussi par l’éducation aux médias. Comprendre les mécanismes numériques permet de développer son esprit critique et de préserver sa « liberté cognitive ».

Dans un environnement où l’information circule plus vite que sa vérification, son message est simple : apprendre à questionner ce que l’on voit et ce que l’on partage devient une condition essentielle pour préserver sa liberté de jugement.

 

Glodie Mungaba

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