Évariste Ndayishimiye : entre soutien militaire à la RDC et tensions persistantes avec le Rwanda

Evariste Ndayishimiye, président du Burundi. Lukasz Kobus/ wikimedia.org

 

À la tête de l’Union africaine et à un an de l’élection présidentielle de 2027, Évariste Ndayishimiye assume un positionnement de plus en plus affirmé dans la crise qui secoue l’est de la République démocratique du Congo (RDC).

Dans un entretien accordé à Jeune Afrique, le président burundais défend la présence de ses troupes aux côtés des forces congolaises, tout en accusant le Rwanda de menacer directement la stabilité régionale. Une prise de position qui illustre la profondeur des fractures géopolitiques dans la région des Grands Lacs.

Depuis Bujumbura, où il reçoit dans son palais surplombant les collines tournées vers l’est congolais, Évariste Ndayishimiye insiste sur la dimension régionale du conflit. Pour lui, la situation sécuritaire en RDC ne peut être dissociée des équilibres fragiles entre États voisins, en particulier le Burundi et le Rwanda.

Une présence militaire burundaise assumée en RDC

Le Burundi déploie depuis plusieurs années plusieurs milliers de soldats dans l’est de la RDC, en appui aux Forces armées congolaises (FARDC). Une présence que le chef de l’État justifie comme une contribution à la stabilité régionale.

« Nous ne sommes pas en RDC pour défendre le Burundi, mais pour appuyer l’armée congolaise dans sa lutte contre son ennemi », affirme-t-il. Selon lui, cette intervention s’inscrit dans un cadre régional initialement coordonné, avec des zones d’opération définies au sein de la Communauté d’Afrique de l’Est.

Évariste Ndayishimiye soutient que cette implication a permis d’éviter une aggravation du conflit, notamment lors de l’avancée des rebelles du M23 vers le sud du pays. Il affirme également que la présence burundaise a facilité la mise en place de corridors humanitaires et l’accueil de populations déplacées.

Cependant, cette intervention prolongée suscite des interrogations sur son impact réel, tant en RDC que sur la sécurité intérieure du Burundi, où les ressources militaires et logistiques sont mobilisées à l’extérieur des frontières.

Kigali accusé de soutenir les groupes armés

Au cœur de la position burundaise figure une accusation récurrente contre Kigali. Le président Ndayishimiye accuse le Rwanda de soutenir le M23, mais aussi des groupes armés hostiles au Burundi, notamment le RED-Tabara.

« Le Rwanda a des intentions malveillantes à l’égard du Burundi », déclare-t-il, estimant que la présence de combattants rwandais et du M23 près de la frontière burundaise constitue une menace directe.

Ces accusations s’inscrivent dans un climat de défiance historique entre les deux pays, qui s’accusent mutuellement d’ingérences dans leurs affaires intérieures et dans le conflit congolais. Kigali rejette régulièrement ces allégations, tandis que les tensions diplomatiques restent vives.

Une guerre régionale aux multiples acteurs

Le président burundais insiste sur la dimension collective de la lutte contre les groupes armés opérant dans l’est de la RDC, rappelant les engagements pris en 2022 au sein de la Communauté d’Afrique de l’Est. Selon lui, tous les États de la région avaient convenu de neutraliser les forces étrangères irrégulières présentes sur le sol congolais.

Dans ce cadre, il affirme que la coopération entre les FARDC et les forces burundaises reste strictement encadrée, chaque armée opérant dans son propre secteur. Il rejette toute accusation de collusion avec les FDLR, groupe armé composé notamment d’anciens responsables des violences génocidaires au Rwanda.

Des processus de paix fragiles

Alors que les accords de Washington signés fin 2025 entre Kinshasa et Kigali avaient suscité un espoir de désescalade, la situation sur le terrain reste instable. La prise puis le retrait d’Uvira par le M23 ont montré la fragilité des engagements diplomatiques.

Évariste Ndayishimiye, qui préside actuellement l’Union africaine, reconnaît les limites des initiatives en cours. Il plaide pour un mécanisme régional incluant la RDC, le Rwanda, le Burundi et l’Ouganda afin de coordonner la lutte contre les groupes armés et sécuriser les frontières.

Il insiste également sur la nécessité de garanties mutuelles entre États pour éviter toute reprise des hostilités, notamment entre Kigali et Kinshasa.

Une diplomatie régionale sous tension

Au-delà du dossier congolais, le président burundais cherche à renforcer son rôle diplomatique sur le continent, notamment au Sahel, où il agit comme envoyé spécial de l’Union africaine. Il affirme vouloir maintenir un dialogue avec les régimes militaires du Mali, du Burkina Faso et du Niger, suspendus des instances africaines.

Mais c’est bien la crise dans les Grands Lacs qui domine son agenda politique et sécuritaire. Entre engagement militaire en RDC, tensions persistantes avec le Rwanda et fragilité des processus de paix, Évariste Ndayishimiye s’impose comme un acteur central d’un conflit régional toujours sans issue.

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