Au Kenya, Emmanuel Macron affirme tourner la page du « pré carré » français en Afrique

Macron au Kenya : Paris veut refonder sa relation avec l’Afrique. ©Wikimedia.org

 

En visite à Nairobi pour le sommet Africa Forward, le président français a défendu une nouvelle doctrine diplomatique fondée sur des partenariats « d’égal à égal » avec les pays africains. Une manière pour Paris de tenter de redéfinir sa place sur un continent où son influence recule.

 

Après une étape en Égypte, où il avait inauguré le nouveau campus de l’université Senghor de la Francophonie à Alexandrie, Emmanuel Macron a poursuivi dimanche sa tournée africaine au Kenya. Le chef de l’État français participe à Nairobi au sommet Africa Forward, organisé les 11 et 12 mai 2026, consacré à l’avenir des relations entre la France et le continent africain.

À peine arrivé dans la capitale kényane, Emmanuel Macron s’est rendu à la State House pour un entretien avec son homologue William Ruto. Les deux dirigeants ont ensuite affiché leur volonté commune de renforcer la coopération économique et diplomatique entre Paris et Nairobi.

« Le temps du pré carré est révolu »

Lors d’une conférence de presse conjointe, Emmanuel Macron a affirmé que la France avait définitivement abandonné sa logique historique d’influence privilégiée en Afrique francophone.

Le président français a dénoncé une époque où certaines entreprises françaises considéraient le continent comme un marché acquis et où Paris pouvait être perçu comme un acteur capable d’influencer directement les équilibres politiques locaux.

Selon lui, cette transformation diplomatique est engagée depuis son arrivée à l’Élysée en 2017. Emmanuel Macron a insisté sur la nécessité de bâtir des relations fondées sur la souveraineté des États africains et sur des partenariats économiques plus équilibrés.

Dans ce contexte, il a également évoqué les ruptures intervenues ces dernières années avec plusieurs pays du Sahel, notamment le Mali, le Burkina Faso et le Niger, qui ont exigé le départ des forces françaises de leur territoire.

Sans citer directement les juntes militaires au pouvoir dans ces États, le président français a estimé que Paris avait respecté les choix souverains de ces pays, tout en laissant entendre que ces décisions pourraient avoir des conséquences sécuritaires durables.

Nairobi, nouveau partenaire stratégique de Paris

Le choix du Kenya pour accueillir le sommet Africa Forward n’est pas anodin. C’est la première fois qu’un tel rendez-vous franco-africain se tient dans un pays anglophone, symbole de la volonté française d’élargir ses partenariats au-delà de son traditionnel espace d’influence.

Face à l’érosion de sa présence en Afrique de l’Ouest francophone, Paris cherche désormais à renforcer ses liens avec des puissances régionales comme le Kenya, considéré comme l’un des moteurs économiques et diplomatiques d’Afrique de l’Est.

William Ruto a salué cette nouvelle approche, appelant lui aussi à dépasser les anciennes logiques d’aide publique pour privilégier les investissements et les échanges économiques.

Le président kényan a mis en avant les ressources naturelles du continent, sa jeunesse et son potentiel énergétique, estimant que l’Afrique devait être considérée comme un partenaire stratégique à part entière.

Des accords économiques et financiers signés

Plusieurs accords bilatéraux ont été conclus dimanche entre la France et le Kenya, notamment dans les secteurs de l’énergie, des infrastructures et des transports.

Les deux pays défendent également une position commune sur la réforme de l’architecture financière internationale. Paris et Nairobi plaident pour des mécanismes mieux adaptés aux besoins des pays du Sud, confrontés à la dette, aux conséquences du changement climatique et aux difficultés d’accès au financement.

Cette question figure parmi les principaux thèmes abordés durant le sommet Africa Forward.

Relancer le dialogue avec Alger

Le président français a aussi profité de ce déplacement pour évoquer les relations entre la France et l’Algérie, après plusieurs mois de fortes tensions diplomatiques entre les deux pays.

Emmanuel Macron a exprimé l’espoir d’un réchauffement progressif des relations à la suite de la récente visite à Alger de la ministre française déléguée aux Armées, Alice Rufo.

Le chef de l’État a regretté les crispations politiques qui ont marqué les derniers mois, jugeant qu’elles avaient porté préjudice aussi bien à Paris qu’à Alger. Il a plaidé pour une reprise du dialogue sur les dossiers sécuritaires, migratoires et économiques, dans le cadre d’une relation qu’il souhaite « apaisée » et « pragmatique ».

Interrogé enfin sur la situation au Moyen-Orient, Emmanuel Macron a assuré que la France n’avait jamais envisagé un déploiement militaire offensif dans le détroit d’Ormuz, malgré les tensions liées au conflit opposant les États-Unis, Israël et l’Iran. Le président français a toutefois confirmé la préparation d’une mission internationale destinée à sécuriser la circulation maritime dans cette zone stratégique pour le commerce mondial.

Selon Paris, l’objectif reste de préserver la liberté de navigation et de garantir l’acheminement des marchandises essentielles, notamment les hydrocarbures et les produits alimentaires.

Glodie Mungaba

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