Fally Ipupa convoque les écrivains et rend un vibrant hommage à Lutumba Simaro
Fally Ipupa, en hommage à Lutumba Simaro, figure emblématique de la rumba congolaise.
Dans « Figure de style », extrait de son album « XX – Délirium », Fally Ipupa transforme une déclaration d’amour en exercice littéraire. Le chanteur congolais met en avant plusieurs grandes figures de la littérature française avant d’adresser un clin d’œil appuyé à Lutumba Simaro, l’un des grands paroliers de la rumba congolaise.
Victor Hugo, Charles Baudelaire, Jacques Prévert, Paul Éluard, Antoine de Saint-Exupéry, Paul Verlaine, Gustave Flaubert et Charles Cros apparaissent dans les paroles de « Figure de style ». Fally Ipupa les évoque comme des maîtres du verbe capables de trouver les mots pour décrire la beauté de celle à qui il s’adresse. Au cœur de cette galerie littéraire surgit le nom de Lutumba Simaro Ndomanueno, figure majeure de la chanson congolaise.
Cette référence rappelle le surnom de « Poète » attribué à Lutumba, dont les textes ont marqué plusieurs générations par leur usage des métaphores, des proverbes et des formules populaires. L’hommage prend d’autant plus de relief que Fally Ipupa avait déjà salué son aîné de son vivant.
En 2017, les deux hommes avaient été réunis lors d’une rencontre à Kinshasa. Deux ans plus tard, après la disparition de Lutumba Simaro, Fally Ipupa lui rendait hommage, le présentant comme une « légende et monument de la musique congolaise ». Le chanteur avait également participé aux hommages musicaux consacrés à l’auteur-compositeur.
Dans « Figure de style », le geste prend une dimension symbolique : aux côtés des grands noms de la littérature française, Lutumba représente cette autre littérature, celle qui s’est écrite en musique, en lingala et dans la mémoire populaire congolaise.
Lutumba, une plume majeure de la rumba
Lutumba Simaro s’est particulièrement distingué par une écriture qui mêlait amour, philosophie, observation sociale et sagesse populaire. Parmi ses compositions les plus connues figurent « Eau bénite », « Mabele », « Maya », « Cœur artificiel » et « Testament ya Bowule ».
« Mabele », enregistrée dans les années 1970 et notamment interprétée par Sam Mangwana, contribue à installer durablement son surnom de « Poète ». Son parcours est ensuite intimement lié à l’OK Jazz, l’orchestre fondé par Franco Luambo Makiadi, qu’il rejoint en 1961. Après la disparition de Franco, Lutumba Simaro participe à la continuité de l’orchestre avant de créer, en 1994, Bana OK, avec notamment Josky Kiambukuta et Ndombe Opetum.
Son répertoire comprend également des projets comme Interpellation, Procès et Encore & Toujours, témoignant d’une carrière consacrée à l’écriture et à la transmission de la rumba.
De Kinshasa au patrimoine musical congolais
Né le 19 mars 1938 à Léopoldville, aujourd’hui Kinshasa, Simon Lutumba Ndomanueno, de son vrai nom, est issu d’une famille originaire du territoire de Madimba, dans l’actuelle province du Kongo Central, dans l’ouest de la République Démocratique du Congo (RDC) , à la frontière avec l’Angola. Il commence sa carrière musicale à la fin des années 1950, avant de rejoindre l’OK Jazz en 1961.
Guitariste, auteur-compositeur et interprète, il s’impose progressivement comme l’une des grandes plumes de la musique congolaise. Son écriture, nourrie de proverbes, de métaphores et de réflexions sur la société, a largement dépassé le cadre de la chanson pour entrer dans le langage quotidien.
Lutumba Simaro meurt le 30 mars 2019 à Paris, à l’âge de 81 ans. Six ans plus tard, son nom continue de résonner dans la création congolaise. En le plaçant dans « Figure de style » aux côtés de Hugo, Baudelaire, Prévert ou Verlaine, Fally Ipupa établit un dialogue entre deux générations et rappelle que la rumba congolaise possède elle aussi ses écrivains, ses poètes et sa littérature.
Glodie Mungaba

