En Ituri, sauver l’enfance au cœur de la guerre : la RDC lance un pari sur l’avenir
La Ministre d’État en charge des Affaires sociales, Ève Bazaiba.
À Kinshasa, les autorités congolaises, appuyées par l’UNICEF et la Corée du Sud, ont lancé un programme ambitieux combinant aide d’urgence et résilience pour plus de 30 000 enfants et familles affectés par les conflits.
Dans un contexte de violences persistantes et de déplacements massifs de populations, la République Démocratique du Congo (RDC) a lancé, mercredi à Kinshasa, le projet « Resilience for Children », une initiative destinée à répondre à l’urgence humanitaire tout en posant les bases d’un relèvement durable pour les enfants de l’Ituri.
Porté conjointement par le gouvernement congolais, l’UNICEF et la République de Corée, ce programme, financé à hauteur de 5 millions de dollars, cible plus de 30 000 bénéficiaires. Il s’inscrit dans une approche intégrée, à la croisée de l’aide immédiate et du renforcement des capacités communautaires, dans une province marquée par des cycles récurrents de violences.
Lors de la cérémonie de lancement à l’hôtel du Gouvernement, la Ministre d’État en charge des Affaires sociales, Ève Bazaiba, a insisté sur la portée stratégique de cette initiative. « Ce programme constitue une réponse concrète à la situation critique que traversent les enfants dans les zones touchées par les conflits », a-t-elle déclaré, évoquant une double exigence : « Soulager immédiatement les populations et reconstruire, dans la durée, l’accès aux services essentiels».
Sur le terrain, les besoins restent considérables. En Ituri, les affrontements armés et les déplacements forcés continuent d’exposer les enfants à des violations graves de leurs droits fondamentaux, allant de l’interruption de la scolarité à l’insécurité alimentaire, en passant par des traumatismes psychologiques profonds.
Le projet entend répondre à ces défis à travers une série d’interventions concrètes : distribution de biens essentiels, accès aux soins de santé, programmes nutritionnels et transferts monétaires pour les ménages les plus vulnérables. À ces mesures d’urgence s’ajoutent des actions de long terme, telles que la construction de points d’eau, le développement du soutien psychosocial et le renforcement des systèmes éducatifs.
« Les enfants paient le prix le plus élevé de ces crises », a souligné le représentant de l’UNICEF en RDC, John Agbor, appelant à une mobilisation accrue des acteurs nationaux et internationaux. « Une action coordonnée est indispensable pour restaurer leur sécurité, leur éducation et leur bien-être. »
L’éducation constitue, à cet égard, un pilier central du programme. La Ministre d’État à l’Éducation nationale, Raïssa Malu, a plaidé pour une intégration renforcée des stratégies d’enseignement en situation d’urgence, notamment à travers le recours à l’apprentissage à distance, afin d’éviter que les crises ne compromettent durablement l’avenir des enfants.
Du côté des partenaires internationaux, l’engagement se veut également structurant. L’ambassadeur de la République de Corée en RDC, Jeong Hong Geun, a mis en avant la volonté de son pays de soutenir non seulement l’aide humanitaire, mais aussi les efforts de reconstruction à long terme. « Il s’agit d’accompagner les communautés vers une résilience durable », a-t-il affirmé.
Au-delà de l’Ituri, les autorités congolaises envisagent déjà l’extension de ce modèle à d’autres régions confrontées à des crises similaires, qu’elles soient liées aux conflits, aux épidémies ou aux aléas climatiques. L’accent est mis sur une approche fondée sur des résultats mesurables, ainsi que sur l’implication directe des enfants, à travers des mécanismes participatifs comme les conseils scolaires et les clubs.
Reste désormais le défi de la mise en œuvre. Tous les acteurs réunis à Kinshasa ont insisté sur la nécessité d’un suivi rigoureux afin de garantir un impact tangible sur le terrain. Dans une province où l’enfance demeure fragilisée par des années d’instabilité, ce projet apparaît comme un test : celui de la capacité des institutions nationales et de leurs partenaires à transformer l’urgence en opportunité de reconstruction durable.
Glodie Mungaba

