Adieu à Halima Gadji : fin d’un rôle, mais pas d’un héritage

Halima Gadji : icône du cinéma africain, voix engagée et héritage inoubliable.

 

Halima Gadji n’est plus, mais ses combats, son courage et sa liberté résonnent toujours. Ses personnages inspirent [encore] le cinéma africain, et une génération entière s’en souviendra.

 

Révélée par la série à succès Maîtresse d’un homme marié, l’actrice sénégalaise Halima Gadji (36 ans) est décédée à Paris dans la nuit de lundi à mardi, 26 janvier 2026, à la suite d’un malaise. Icône populaire, figure engagée et femme de convictions, elle laisse derrière elle un double héritage : artistique et social, qui continue de façonner le paysage culturel africain.

 

L’annonce de sa disparition provoque une onde de choc bien au-delà des frontières du Sénégal. Actrice majeure de sa génération, Halima Gadji s’impose comme l’un des visages les plus marquants des séries africaines contemporaines. À travers son interprétation de Marème Dial, personnage complexe et audacieux, elle ne se contente pas de jouer un rôle : elle ouvre un débat sur la place des femmes, la sexualité et la liberté individuelle.

Née le 25 août 1989 à Dakar, d’un père sénégalais et d’une mère maroco-algérienne, elle grandit au sein de la communauté marocaine du Sénégal. Cette double culture marque durablement son identité artistique. Consultante mode, mannequin et entrepreneuse, Halima Gadji incarne une génération de femmes africaines visibles, indépendantes et résolument modernes.

Une carrière fulgurante sous le feu des critiques

 

À partir de 2019, son rôle dans Maîtresse d’un homme marié la propulse au rang de star continentale. Son interprétation, à la fois fragile et déterminée, devient un miroir des contradictions sociales. Très exposée médiatiquement, l’actrice était régulièrement la cible de critiques virulentes, accusée de promouvoir des comportements jugés immoraux.

Elle y voyait au contraire l’expression d’un double standard persistant entre sexualité masculine et féminine, une inégalité qu’elle n’a cessé de dénoncer avec franchise et courage.

Une parole forte sur la santé mentale

 

Outre la fiction, Halima Gadji s’est distinguée par ses prises de parole publiques sur la santé mentale, évoquant sans détour ses épisodes dépressifs. Son engagement visait à briser un tabou encore tenace dans de nombreuses sociétés africaines. Quelques jours avant sa mort, elle dénonçait encore la violence psychologique et les accusations de sorcellerie dont elle disait être victime.

Sur les réseaux sociaux, les hommages affluent. « La mort d’Halima Gadji nous rappelle que la dépression existe, aussi chez les Africains. Ce n’est ni une faiblesse ni un manque de foi », écrit une internaute.


Le ministère sénégalais de la Culture a également salué « la justesse de son jeu, la force de ses interprétations et son professionnalisme », rappelant qu’« elle a durablement marqué les séries télévisées et les productions audiovisuelles au Sénégal et au-delà ».

Dans sa carrière, Halima Gadji a tourné dans plus d’une dizaine de films et de séries. En 2020, elle a reçu le prix de la meilleure interprétation féminine aux Sotigui Awards. Sa disparition brutale laisse un vide immense dans le monde du cinéma et de la télévision africains, mais aussi dans le combat pour une parole féminine libre, assumée et sans compromis.

Le rôle s’achève, mais l’héritage d’Halima Gadji continue de résonner à travers ses luttes, ses personnages et l’inspiration qu’elle transmet à toute une génération.

 

Glodie Mungaba  / MM2 

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