Le président Paul Biya verrouille sa succession

Le Président Paul Biya à l'Assemblée nationale (Photo d'illustration /AFP)

 

Réélu pour un huitième mandat en octobre 2025, le président camerounais vient de réviser la constitution, en créant un poste de vice-président qu’il va désigner personnellement. Une disposition qui divise les camerounais.

Réuni en congrès le 2 avril 2026, le parlement a voté sans appel 205 voix pour 16 contre la création d’un poste de vice-président, nommé par le chef de l’État.

Laissant entrevoir la volonté de garantir la continuité de l’état, en cas de vacance du pouvoir, selon des sources fiables, cette réforme modifie en profondeur l’ordre de succession. Elle écarte le président du Sénat au profit d’un vice-président choisi par le chef de l’État.

À peine adoptée, cette révision ne fait pas l’unanimité, ni dans l’opposition et même au sein du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), parti au pouvoir où le sénateur René Ze Nguelé s’interroge publiquement sur « la précipitation suspecte » du processus ayant conduit à cette modification.

Pendant ce temps, bien que divisée, à l’opposition c’est le même son de cloche quoi retentit.

Issa Tchiroma Bakary, le candidat malheureux à l’élection présidentielle de 2025, actuellement en exil dénonce une « dérive monarchique » et appelle à la mobilisation pour « rétablir la vérité des urnes ».

Maurice Kamto, le leader du MRC (Mouvement pour la renaissance du Cameroun) qualifie cette révision d’« un coup d’état constitutionnelle ». Dans une déclaration officielle, il accuse le régime de préparer « une transmission du pouvoir de gré à gré », sans passer par les urnes.

Les critiques convergent également au sein du Social Democratic Front (SDF) de Joshua Osih, qui avait boycotté le vote, dénonçant une « réforme précipitée » et sans débat.

Pour sa part, Cabral Libii opte pour une ligne plus politique. Il propose de renvoyer le combat aux urnes. « Ce qui a été fait, peut être défait », a-t-il déclaré, appelant à une mobilisation pour les législatives de 2027.

Alors que le camp du pouvoir assume sa réforme, la société civile, quant à elle, s’inquiète. Le Barreau du Cameroun parle d’« une atteinte au principe de l’élection du président au suffrage universel ».

Notons que le poste du vice-président existait déjà à l’époque du Cameroun fédéral. Il a été supprimé par la constitution de 1972 qui avait consacré l’état unitaire.

Arnaud Kabeya 

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